Questions à Jean DUMONTEIL, La France des possibles

Pourquoi ce livre La France des possibles ?

Alors qu’il y a une défiance généralisée contre la politique et les élus, ce livre est un plaidoyer contre le déclinisme ambiant. Dans notre pays, le débat politique médiatique est monopolisé par les jeux d’appareil, à la fois hystérisé et stérilisé par les postures idéologiques. À côté de ce théâtre politique, il y a à l’échelon local une vie démocratique qui fonctionne et bénéficie encore la confiance de nos concitoyens et que j’ai voulu donner à voir. À partir de récits et d’expériences réussies, j’apporte des preuves qu’il se passe des choses formidables dans notre pays et que cet élan démocratique part du local, des projets portés par les élus locaux et leurs équipes.
Cette culture politique est celle des solutions à échelle humaine, le plus souvent dans la recherche du consensus. C’est aussi un monde foisonnant d’innovations malheureusement trop souvent éparses que j’ai essayé de repérer pour inspirer les élus locaux élus en mars 2020. En politique, on entend toujours l’arbre qui tombe mais pas la forêt qui pousse. J’ai voulu montrer toute cette germination.

Où est l’innovation locale et dans quels domaines ?

L’innovation est possible dans tous les champs de l’action publique locale, autant dans le traitement des urgences sociales que dans la modernisation des modes de gestion ou dans le développement de nouveaux services aux habitants. Nous vivons une période où l’argent public est moins abondant et on ne doit plus reproduire des recettes du passé coûteuses et peu efficaces. Dans le domaine social, les logiques d’État providence à l’échelle locale doivent laisser la place à des dynamiques de développement social : on ne peut pas se contenter de faire “pour“ les habitants, il faut faire “avec“ eux. La principale pauvreté dans notre pays est celle du lien. Dans le domaine des grands équipements, ce que les syndicats de communes ont fait il y a un siècle pour l’eau ou l’électrification, les structures intercommunales l’inventent pour les mobilités, le développement durable , l’attractivité des territoires ou la smart city qui n’est pas réservée aux seules métropoles.

Les relations entre les élus locaux et les entreprises sont-elles en train de changer ?

Il y a deux types de relations, d’une part avec les acteurs économiques locaux et d’autres part avec les fournisseurs de services et d’équipement. Pour les premiers, les maires ont compris que le développement de richesses et d’emplois passe par un soutien efficace au tissu productif local. Le succès de villes moyennes comme Vitré en Ille-et-Vilaine en apporte la preuve avec un taux de chômage très bas qui est le résultat d’un accompagnement de tous les instants. Pour la relation aux fournisseurs, on a gagné en maturité, avec une meilleure culture de la délégation et du contrôle de la part des collectivités et un élargissement de la boîte à outils avec des solutions mieux adaptées de la part des entreprises. La qualité des équipements locaux progresse partout, dans le milieu urbain comme dans les zones rurales où nos concitoyens ont les mêmes exigences.
Derrière des mots comme innovation, inclusion, résilience, qui paraissent déjà usés avant d’être utilisés, il y a des concepts, des projets politiques, des méthodes qu’il faut connaître pour se les approprier et éviter d’en faire des gadgets qui nuisent à la crédibilité des politiques publiques.
Nos concitoyens ont des attentes paradoxales : ils veulent à la fois de la simplicité, de la liberté et davantage de garanties, de sécurité que seul l’élévation du niveau normatif peut leur apporter. Plus que jamais, il faut donc marier simplicité et sécurité, et se donner les moyens de rester agiles.