Un nouveau regard sur le monde de demain

Interview de Jacques Rougerie
Architecte visionnaire de renommée internationale, académicien membre de l’Institut, Jacques Rougerie fonde ses recherches et ses réalisations sur une architecture biomimétique, bio-inspirée.

Comment vivez-vous personnellement cette crise ?

A la fois bien et mal. Nous sommes en pleine mutation de la société en résilience. Depuis plusieurs années, il y avait des signes annonciateurs de cette crise ; ce virus ne fait que l’accélérer et cela peut s’observer à différents niveaux. C’est une crise sociétale, économique, écologique, une crise de conscience… Une crise planétaire, aussi. Désormais, on s’aperçoit que, face à tel bouleversement, on ne peut plus être un pays seul, même si l’on ferme les frontières. Nous sommes une nation planétaire

Quelles conséquences cette crise peut-elle avoir sur votre manière de concevoir l’habitat dans les années à venir ?

Il y aura des conséquences à différentes échelles. D’abord le mode de vie sociétal, la mobilité, la façon de travailler, dans les phénomènes de mouvements pendulaires des lieux de vie aux lieux de travail. Grâce à l’informatique et aux réseaux sociaux, – c’est l’un des côtés positifs -, il va y avoir une accélération indéniable de ces nouveaux modes opératoires, et de plus en plus de métiers, de professions s’adapteront à ces nouvelles manières de vivre, de travailler. Ce processus était en train de se mettre en place depuis plusieurs années déjà, mais là, c’est un choc, qui, d’un coup, nous oblige à travailler chez nous, en réseau. Dans la cellule familiale, dans la cellule de vie, vraisemblablement, il y aura un espace, bien plus important qu’à l’heure actuelle, voué à cette partie « travail ». Oui, cela va faire évoluer la conception de l’habitat, puisque les modes de vie sont désormais différents. De même que nous allons voir apparaître dans tous les domaines artistiques de nouvelles formes d’expressions et de créations .  

L’architecture de la mer et de l’espace continuent à faire rêver. Comme le propose votre Fondation, de nouvelles formes d’habitat sont à imaginer et à construire dans les années à venir. Dans le cadre des futurs appels à projet de la Fondation, allez-vous tenir compte de cette crise et de ses conséquences ?

Oui, obligatoirement, cela ne fera qu’amplifier les critères d’appréciation des projets. Nous allons accentuer ce qui concerne l’architecture biomimétique liée à l’environnement, tout en développant de nouvelles technologies. Nous sommes dans un basculement sociétal complet planétaire. Nous vivons une accélération unique dans l’histoire de l’humanité. Cette crise est horrible et tragique du point de vue sanitaire ; elle est dramatique du point de vue de notre modèle économique traditionnel, mais d’autres d’aspects beaucoup plus positifs vont apparaître. C’est un vrai choc planétaire ! Ce n’est pas la France, ce n’est pas l’Europe, c’est le monde entier ! Ce sont toutes les sociétés qui vont être touchées. Ce qui sera difficile, ce sera d’expliquer cela aux gens, de leur faire comprendre toutes les conséquences, en termes politique, financier, économique. La manière de concevoir la création va se transformer, elle aussi ; cela sera aussi un vrai choc culturel, environnemental et donc sociétal. A travers les siècles, dans toutes les civilisations, l’humanité a dû faire face à des situations extrêmes et elle a toujours su trouver les ressources pour s’adapter et évoluer. 

Vous êtes académicien : quel message universel voulez-vous délivrer ?

Nous n’avons pas d’autre choix que de garder espoir ; c’est dans les gênes de l’humain ! Il est évident que nous allons nous en sortir. Donc il faut d’ores et déjà anticiper et préparer un nouveau destin pour l’humanité. Nous pouvons regarder avec une certaine lucidité le côté positif de ce choc, qui peut nous faire gagner 20 ou 30 ans sur les grands enjeux environnementaux, tels que le climat, le développement durable, les nouveaux cadres de vie, les énergies renouvelables, les nouvelles biotechnologies…. C’est cet ancrage-là qui était en train de naître depuis peu et qui, d’un seul coup, par ce choc planétaire que nous subissons aujourd’hui, nous oblige à être plus solidaires, plus créatifs, pour construire ensemble un nouveau monde.  J’en suis convaincu, d’autant plus que je porte un immense espoir dans les jeunes générations.

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