Un virus pas très urbain

Pas très urbain ce virus… On n’en attendrait pas moins d’une nano-particule malfaisante qui se niche partout et se transmet, c’est dans sa nature. Dans les grandes villes, ce Covid 19 n’a pas eu à chercher loin  sa première victime : le « vivre ensemble » encouragé par tous comme un rempart à l’individualisme de nos sociétés vient de se le prendre en pleine tête. Tout comme les « communs » une notion qui commençait à fleurir, ces espaces publics ou privés à partager. Il aura suffi de quelques jours…  Nous revoilà confinés, dans la plus pure lutte des classes illustrée par nos mètres carrés plus ou moins abondants et des réflexes dont le « collectif » a subitement disparu. Les familles bourgeoises et bien loties ont pris leurs quartiers de printemps dans leurs résidences secondaires. Les autres n’ont que le choix de rester dans des « chez-eux » rarement spacieux, pas toujours assez en tout cas, pour abriter jour et nuit tous les membres de la famille.

Pas très urbain… car il ré-interroge la densité et l’aménagement des villes. En un clin d’oeil, il a vidé ces grands paquebots de bureaux, à l’avenir incertain et peut-être à jamais inutiles… Il réhabilite la maison individuelle et son petit jardin, pourtant sous le feu des critiques et jugée principale responsable de l’étalement urbain et autres maux écologiques liés aux déplacements automobiles. Il rend enviable la distance, l’isolement… Il révèle les failles, celles de l’architecture moderne, toute en façades lisses et  sans balcon Voilà que ces espaces extérieurs et ces toits longtemps inaccessibles deviennent indispensables. Voilà que l’intérieur des logements pensés comme des produit standardisés n’a rien d’un refuge.

Pas très urbain enfin, car il renvoie chacun, et sans aucune délicatesse à ses choix de vie. Il nous confronte in vivo, sur un laps de temps encore inconnu aux grandes questions: où, avec qui, pour quoi faire?

Ce virus promet-il des lendemains meilleurs à ceux qu’il ne terrassera pas? Qu’il rendra plus forts? Ne comptons pas sur lui, mais sur nous. A condition, pour une fois, pour un mois et peut-être davantage, d’accepter de nous regarder, sans filtre, vivre, aimer, travailler, dans une vérité que le confinement peut faire, enfin, éclater au grand jour.

Catherine Sabbah
Déléguée générale d’IDHEAL, 
L’Institut Des Hautes Etudes pour l’Action dans le Logement 
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